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Sebta et Mélilia: Que se passerait-il en cas de référendum?

D'abord et avant tout, un rappel historique. En 1415, alors que les Beni Marine régnaient encore sur le Maroc, les Portugais prirent possession de Sebta jusqu'en 1580, date à laquelle cette ville stratégique allait tomber sous la coupe de l'Espagne, alors au zénith de sa puissance. Pour sa part, Mélilia a été occupée en 1497 par les troupes d'Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon cinq ans à peine après la Reconquista du Royaume de Grenade et la Conquista du Nouveau Monde. Depuis, et jusqu'à aujourd'hui les présides sont considérés par Madrid comme partie intégrante du Royaume d'Espagne et assujettis aux mêmes critères que les autres régions autonomes du pays. Plusieurs décades après l'abolition de l'esclavage et la décolonisation, l'Espagne refuse catégoriquement de restituer les deux enclaves au Maroc et demeure hermétiquement fermée à l'hypothèse d'une solution qui paraît inéluctable à moyen terme.


Alors que Madrid mobilise l'Union européenne contre le Maroc à propos des présides, elle ne se prive pas de réclamer à cor et à cris le Rocher de Gibraltar qui lui, a été cédé à la Grande Bretagne en 1713 en vertu du Traité d'Utrecht et non pas occupé par la force des armes à l'instar de Sebta et Mélilia. Aujourd'hui, si l'Espagne tarde tant à faire valoir ses droits légitimes sur Gibraltar, c'est parce qu'elle sait mieux que quiconque qu'elle n'a pas la moindre chance de remporter un référendum à l'échelle de la population du Rocher. Tous les sondages d'opinion l'indiquent et les prévisions ont même quelque chose de stalinien. Reste à savoir si le Brexit pourrait inverser à moyen terme la tendance. Possiblement, mais on en n'est pas là pour le moment. Si la réalité se décline de la sorte à Gibraltar, qu'en est-il de Sebta et Mélilia situées de l'autre côté de la Mare Nostrum?


Une victoire à l'usure...


L'opinion publique marocaine n'en est pas consciente, mais les autorités, elles, le savent parfaitement: Si un un référendum d'autodétermination sur la restitution des présides au Maroc était organisé aujourd'hui, il n'y aurait pratiquement pas

Image: H24 info


la moindre chance pour qu'il soit gagné par le Royaume chérifien. La population des présides, majoritairement musulmane, donc marocaine, est massivement favorable au maintien de la situation actuelle, synonyme de privilèges manifestes, à l'instar du passeport européen, des avantages sociaux incomparables, de la qualité des soins de santé et du système éducatif.... Pire encore, lorsqu'il arrive que les Rois d'Espagne se rendent à Sebta et Mélilia, les Marocains des enclaves sont souvent les premiers à investir la rue pour accueillir chaleureusement les monarques, portraits et drapeaux à l'appui.


Face à cette réalité, la diplomatie marocaine a fait un choix subtil. D'abord et avant tout faire de la question du Sahara la priorité absolue, et sur ce point, les résultats glanés sont incontestables, Ensuite, tuer à petit feu les présides en mettant en place une batterie de mesures à l'échelles des ''frontières'' qui ont le don de produire d'énormes dommages collatéraux à commencer par la population de la province de Tétouan, mais qui mettent en même temps les présides aux abois. Au point où Sebta et Mélilia vivotent aujourd'hui sous perfusion grâce aux fonds injectés par Madrid et Bruxelles. Déjà ça de gagné, soit, mais le Maroc doit obligatoirement poursuivre son élan de développement jusqu'à ce que la la population marocaine des présides commence à remettre en question sa loyauté envers l'Espagne. Cela risque de prendre du temps, beaucoup de temps, mais l'usure reste la meilleure stratégie dans le cas présent.

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