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Maroc-Arabie Saoudite: Divorce consommé ou brouille passagère?

Ainsi donc, le ministère des Affaires étrangères a décidé de convoquer l'Ambassadeur du Maroc à Ryad "pour consultations". Une mesure des plus rares dans les relations entre les deux Royaumes et qui en dit long sur l'ampleur de la crise entre Rabat et Ryad. Un documentaire sur le "Sahara Occidental" diffusé par Al Arabiya, organe financé par la famille royale saoudienne a suscité au plus haut point le courroux du Maroc. Réaction immédiate: Profonde remise en question de la participation du Maroc aux opérations menées par la coalition dirigée par l'Arabie Saoudite au Yémen. Une suspension quasiment synonyme de retrait de fait puisque ces derniers temps l'implication des FAR au Yémen est presque réduite à néant.


En quelques mois seulement, les relations entre ces deux alliés historiques ont traversé une forte zone de turbulences. D'abord, il y a eu la neutralité dérangeante du Maroc dans le conflit opposant l'Arabie Saoudite et le Qatar, accompagnée d'une aide apportée par Rabat à Doha en plein blocus imposé par les Al Saoud. Ensuite, il y a eu la décision saoudienne d'appuyer le dossier américain dans la candidature à l'organisation de la Coupe du monde 2026. De fait, le Royaume de Mohammad Ibn Salmane ne s'est pas contenté de soutenir la candidature américaine, mais il a même fait du lobbying actif dans ce sens, appelant des pays comme les Émirats, le Bahrein ou la Jordanie à prendre une décision de concert. Depuis, d'autres incidents se sont produits et on s'attendait à ce que l'escalade prenne des proportions majeures.


Époque révolue


Le signal envoyé par le Maroc est désormais clair: L'Arabie Saoudite, nonobstant les recettes mirifiques de son pétrole ne va pas dicter au Maroc sa ligne de conduite en matière de politique étrangère. De toute façon, les priorités du Maroc se situent désormais essentiellement en Afrique. Quant à ses relations avec les pays du Nord, plus question de tout miser de manière exclusive sur les États-Unis, la France et l'Espagne mais sur tous les acteurs qui comptent, dont la Russie, la Chine, l'Inde... Un virage radical par rapport à une politique étrangère faisant la part belle à un noyau d'alliés sous Hassan II, notamment Washington, Paris et Ryad. Mais s'affranchir des alliances traditionnelles ne se passe pas toujours sans heurts et les Al Saoud ne ratent aucune occasion pour rappeler au Maroc ce qu'il en coûte de s'éloigner du peloton de tête des flagorneurs.


Voilà où en sont donc les relations entre le Maroc et l'Arabie Saoudite. Un jeu d'équilibre fragile qui incite à un maximum de prudence car parier sur le Qatar comme alternative n'est pas sans risque non plus quand on pense aux nombreux actes de sabotages perpétrés par ce pays contre les intérêts du Maroc, à commencer par la ligne éditoriale d'Al Jazeera durant des années. Il s'agit donc de diversifier le partenariat en veillant soigneusement à ce qu'aucun pays n'occupe trop de place.

Image: Actu-Maroc



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