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Le Cheikh d'Al Azhar, humilié par Al Sissi

Le président égyptien Abdelfattah al Sissi vient de rendre public un décret en vertu duquel plusieurs personnalités de premier plan doivent désormais obtenir son autorisation personnelle pour pouvoir quitter le territoire, y inclus dans le cas d'une mission officielle. Le décret cite expressément certaines figures de premier ordre à l'instar du Chef et des membres du gouvernement et de plusieurs personnalités qui occupent les devants de la scène en Égypte. Rien de particulièrement anormal à première vue et plusieurs pays adoptent de telles mesures. Le problème, c'est que le décret d'Al Sissi indique que parmi les dignitaires concernés, figurent "ceux qui ont le grade de Chef de gouvernement".


Selon la fonction publique égyptienne, et hormis le titulaire, seul le Cheikh d'Al Azhar a le statut de Chef de gouvernement, avec tous les avantages qui en découlent. Ce qui a de facto amené de nombreux observateurs égyptiens à considérer que la mesure vise implicitement ou explicitement le Grand Imam Ahmed el Tayeb, en poste depuis 2010. Histoire d'humilier un personnage des plus influents et pas assez accommodant envers le régime comme le voudrait le président et son entourage. Les journalistes égyptiens les plus célèbres de la diaspora comme Moatazz Matar, Mohammed Nasser ou encore Hicham Abdallah ont mis de côté tous les noms concernés par ce décret, dont le Chef du gouvernement et le ministre de la Défense pour se concentrer sur le cas extrêmement délicat du Grand Imam d'Al Azhar.


Les calculs d'Al Sissi


Selon le brillant intellectuel Mohammed Nasser, en exil en Turquie, la mesure en question "vise essentiellement à humilier Ahmad al Tayeb". Selon lui, le Grand Imam ne serait pas interdit de quitter l'Égypte, mais le fait de l'amener à réclamer une autorisation de quitter le territoire auprès d'Al Sissi vise essentiellement à le

Image: La Croix


"ramener à sa juste proportion". Dit autrement, le message se résume comme suit: "Le patron, c'est moi et si vous voulez quitter le payer, indépendamment de la raison, vous devez passer par la présidence". Certains analystes vont plus loin en précisant que le décret d'Al Sissi vise à indisposer le Grand Imam d'Al Azhar au point de l'amener à démissionner. Et si le régime y parvient, la voie serait alors libre pour placer à la tête d'Al Azhar un véritable homme de main enturbanné.


Même à titre symbolique, le Grand Imam d'Al Azhar est considéré comme la plus haute autorité de l'islam sunnite. Raison pour laquelle, depuis Nasser, le contrôle de cette institution revêt une importance cruciale pour tous les présidents qui se sont succédé à la tête de cette institution. Al Sissi aimerait volontiers que ses décisions, même les plus controversées soient appuyées au quart de tour par la plus haute autorité d'Al Azhar. Y parviendra-t-il? Probable car Al Azhar ne peut guère compter sur ses plus grands rivaux idéologiques: Les Frères musulmans, dans ce bras de fer qui s'annonce sans merci.

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