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La femme MRE ballottée entre tradition et modernité

Mis à jour : 27 sept. 2019

Par: Fayrouz Fawzi, sociologue


L’immigré c’est l ‘Autre. L’arrivée de l’étranger représente pour l’État toute une série de problèmes concrets découlant toutefois d'une question d’appartenance.

Pour l’État dit « d’accueil», l’immigration est perçue et débattue en termes juridiques, politiques, démographiques et économiques. Cependant, l’immigré n’est ni un individu spontané ni un pion d’un transfert économique d’une périphérie au centre, mais un acteur qui traverse bel et bien une frontière juridique.

Le migrant est tiraillé entre le push et le pull, des forces qui le poussent hors de chez lui ou l’attirent ailleurs. Il est conceptualisé entre le culturel et l’économique, entre le temporaire et le permanent.


La multiplicité des tâches que les immigrés ont été invités à remplir au XXe siècle en Amérique du Nord rend la réponse à ces questions difficile. Du balayeur de rue au chauffeur de taxi, de l’épicier« nocturne » au mécanicien chez Renault ou à la mécanicienne de couture dans le Sentier, sans parler des vendangeurs et autres ouvriers agricoles, le migrant comme travailleur , et plus généralement le « travailleur immigré», est loin de représenter un concept uniforme.


Pénélope qui attend pendant qu’Ulysse voyage, les Croisés comme figures de la virilité/mobilité, les compagnons qui partent faire leur tour de France, accueillis par les mères (terme pour parler des auberges et des aubergistes) à chaque étape : la représentation de l’homme qui bouge et de la femme qui garde le foyer semble une figure séculaire, comme le rappelle Michelle Perrot.

Comment le phénomène migratoire change t-il les rapports entre les deux sexes ? Surtout, entre sexe et ethnicité , qu’est-ce qui prime dans les explications de la condition de l’immigrante ? Est-ce le statut de la femme ou celui de l’immigré , l’appartenance à une classe sociale ou une combinaison de ces facteurs ?


Remise en question


Image: Le Franco


Le vécu de la femme immigrée reste équivoque. Sa découverte va de pair avec une dénonciation de sa condition. La découverte des femmes dans le processus migratoire ne conduit pourtant pas une interprétation univoque du rôle des femmes, pas plus qu’elle n inverse automatiquement les figures de Pénélope et d’Ulysse .

Nous dégageons deux modèles contradictoires : celui de l’émigrante repliée, physiquement (à la maison) et culturellement s’accrochant aux traditions du pays ; l’autre, plus récent, de l’émancipation-familiale, culturelle, sociale-vécue grâce à la traversée des frontières.


Comme dans la société en général, les immigrées représenteraient les tenants de la tradition, tandis que les immigrés –hommes impliqueraient la marche vers la modernité.

La figure de la femme émancipée par l’émigration a surgi pour s’opposer à l’image de la femme traditionnelle. Mais il y a eu aussi revalorisation de la tradition elle-même.

Les femmes immigrées sont doublement victimes : de l’industrialisation et de l’aliénation économique et culturelle, et de la condition même de la femme. En effet, exilées, une première fois par l’exogamie, une deuxième fois par l’émigration, les femmes immigrées subissent souvent un isolement social et culturel, où l’ignorance de la langue renforce un repli sur la culture traditionnelle , le tout aggravé par des conflits de générations au sein des familles. Mères déracinées, ancrées à leurs familles mais tiraillées entre maris et enfants.


Il faut que la féminisation de l’histoire des migrations fasse réfléchir sur les catégories du temporaire, du permanent, des réseaux et du peuplement.

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