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Authenticité et Intertextualité

Mis à jour : 9 janv. 2019


Par: Driss Chebla


Le défi le moins avouable chez un écrivain, au risque de me tromper, est essentiellement le paradigme de l’authenticité, qui, dans un contexte muable, et tellement exigeant, me semble de plus en plus vulnérable, pour ne pas dire terriblement méconnaissable, et qui, ne cesse de perdre de ses plumes, en raison d’un certain amalgame irréfléchi, confondant la notion de produire avec celle de créer. S’agit-il d’une obsession narcissique de vouloir encombrer délibérément une maigre et inutile ambition littéraire par de fausses gloires? Cependant, a-t-on vraiment de gloire, hormis celle de renoncer irréversiblement à de telles aspirations fallacieuses, en mobilisant tout son potentiel créatif dans la perspective de traduire sincèrement et fidèlement son inspiration, avec toute l’humilité qui doit témoigner de la grandeur de son créateur.

Au même titre, l’acharnement d’accomplissement n’est ni haïssable, ni indésirable, tant qu’il conserve la dimension de surpassement légitime, et en fait consciemment la promotion, sans parier sur un apport pyramidal ayant comme cible une fin périphérique, tournant le dos à l’originalité, ainsi qu'à la pureté des circonstances qui sont derrière la gestation naturelle, de son essence. Il est relativement vrai, d’un point de vue structurel, que tout texte dialogue avec d’autres, ce texte fragmentaire, n’est finalement que l’ensemble de pixels internes et externes qui forment l’image ultime de l’œuvre. Reste par contre à déterminer le pourcentage de la présence de l’auteur dans son œuvre. Delà le défi de l’authenticité, est déterminant.


L’intertextualité, une valeur ajoutée

Jusqu'à qu'il point donc l'intertextualité pourra-elle se manifester comme une richesse, une valeur ajoutée à l'œuvre, sans qu'elle nuit à son authenticité? Au moins, pas assez pour lui soustraire l'empreinte de sa voix, qui devrait être unique, absorbant la pluralité des lectures antérieures, et gardant en même temps la particularité de son rituel créatif, loin de toute imitation mortelle, ou de toute influence encombrante. Étant intiment oisif, au fil de ces quelques jours de loisir prémédité que je me suis finalement accordé, afin de distraire momentanément la cupidité des voraces exigences, envers mon être, affaibli par la flagellation impitoyable de ses ambitions inlassables, et pour se faire, j'avais littéralement attisé la rage de ma curiosité littéraire, dans le but de rentabiliser mes aspirations sensorielles au maximum.

A la manière des félins concentrés et prudents, tout en flânant dans les rues envoutantes de Paris, j’ai lentement, et longuement marché sur les ossements poétiques de ces malheureux poètes, qui se sont rangés du côté de la mélancolie, pour ne pas manquer à l'appel incessant de la vocation capricieuse, qui les hantait pleinement, chacun à sa façon. La moisson nous fait oublier la pluie, hélas, comme la beauté de l’œuvre, qui voile la souffrance de son créateur. Pourtant, et par la force de l'évidence, la lumière renvoie au soleil, et le parfum renvoie à la rose. Une causalité, dont la conformité façonne les silhouettes selon leurs, essences, et leurs spécificités.

À mon tour, en vue d’une faveur réconfortante, éperdument convoitée, je me suis laissé emporter par la flatterie d’une hypocrite admiration, néanmoins, je n'avais au fond de moi, aucune envie convaincante de reconstituer le décor des mœurs de ma passion, ni de réaménager les reliques d’une tradition littéraire révolue, non plus. Comment alors ignorer cette digression intellectuelle inutile, sans être contraint par toute la soif nostalgique qui l’accompagne? Avec la même ardeur, qui hisse constamment mon regard, et comme une bête, sérieusement blessée, je me suis abreuvé des échos retentissants, de leur tristesse, et des affres de la seine, qui brillaient généreusement tels des astres, dans un ciel de silence immense, et blême.

Dans ce désert de solitude obligatoire, et accessoirement pauvre, il ne faut écouter que le chant de la rivière qui coule en soi, pour ensuite créer ses propres mélodies, et les chanter distinctivement, avec sa propre lyre. Tout ce qui peut venir d’ailleurs, risque d’être une arme à double tranchant, et ne doit que fortifier les racines de l’authenticité, car il est aucunement capable de leurs donner vie. Une authenticité naturelle, et bien entretenue, fruit de cette pluralité polyphonique, essentielle sans aucun doute, à la fortification des cordes vocales de l'originalité, en plus qu’il restera une source d’enrichissement inépuisable, et à un certain degré, indispensable à la continuité de tout auteur, qui œuvre activement pour s’approprier un timbre de voix unique, lui garantissant la distinction, parmi le torrent des voix, antérieures et postérieures.

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