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Algérie: Un malaise beaucoup plus profond qu'un cinquième mandat...

Depuis les premières manifestations organisées en Algérie contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, la foule, estimée à plusieurs dizaines de milliers d’individus, tant à Alger qu’à Oran ou ailleurs a fait montre d’un comportement admirable. Les manifestants mettent en avant leur amour pour leur pays dans une discipline irréprochable, s’interdisant le moindre acte de vandalisme risquant de contrecarrer leur objectif premier : Empêcher Bouteflika de se porter candidat à un cinquième mandat. Au fil des manifestations, la foule gagne en ampleur et la peur instinctive qui muselait plusieurs algériens laisse place à une attitude de défi envers le pouvoir.


À supposer que la foule algérienne parvienne à ses fins et empêche Bouteflika -par le biais des caciques du pouvoir - de rempiler, va-t-elle en rester là, considérant que l'objectif est atteint? C'est la grande inconnue. Les Algériens sont mieux placés que quiconque pour savoir que leur président, quasiment à l'article de la mort, n'est qu'un maillon d'une organisation puissante qui s'est scandaleusement enrichie depuis l'indépendance du pays, ne laissant que des miettes au peuple. Les analystes algériens, tant ceux qui sont restés au pays que sont qui ont pris le chemin de l'exil sont unanimes à considérer que la situation économique du pays est calamiteuse et qu'il est tout à fait inadmissible que les centaines de milliards de dollars de recettes pétrolières cumulées depuis quelques années n'aient produit quasiment aucun impact sur la population, notamment en termes d'emploi.


Profond malaise social

Image: RFI


Que les cours du pétrole soient au zénith ou qu'ils s'effondrent, le population du pays le plus étendu d'Afrique n'attend plus rien de ses dirigeants. En tâtant le pouls de la jeunesse algérienne, on constate que le choix de l'exil, par n'importe quel moyen devient presque naturel, y inclus pour ceux qui vivent dans une certaine aisance financière. Le divorce d'avec les pouvoirs publics est définitif et tous les slogans mis en avant par la propagande officielle font l'objet de railleries dans un contexte se prêtant bien peu à la franche rigolade. La question, la vraie question est de savoir si advenant le retrait de Bouteflika à travers ceux qui prennent les décisions en son nom, la foule cessera d'investir les rues. C'est que le malaise est beaucoup plus profond qu'une question de remplacement d'une figure par une autre.


Les Algériens n'en veulent pas seulement à Bouteflika, mais à ceux qui se sont sucrés au contact avec le pouvoir, qu'ils soient civils ou militaires tout en bénéficiant d'une totale impunité. Ils réclament une part sociale de cet immense butin réparti sur les paradis fiscaux. Ils exigent aussi que la manne pétrolière et gazière profite à la jeunesse à travers une politique d'emploi viable la mettant à l'abri du besoin d'essayer de rallier l'autre rive de la Méditerranée à bord d'embarcations de fortune. Ils réclament aussi que les infrastructures soient optimales, que leurs universités cessent d'être des usines à chômeurs et que leur monnaie locale vaille mieux qu'un papier hygiénique. Pour conclure, le malaise est beaucoup plus profond que le maintien ou le départ d'un octogénaire sur chaise roulante.

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