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Algérie: Ahmed Ouyahya ou la déchéance d'un cacique

Ainsi donc, les anciens premiers ministres algériens Ahmed Ouyahya et Abdelmalek Sellal ont été écroués au centre de détention d'El Harrach pour avoir prétendument trempé dans les affaires au cours de leur mandat Au-delà des faits qui leur sont reprochés et de la véracité des éléments retenus contre eux, la déchéance des deux hommes, plus spécialement celle d'Ahmed Ouyahya est l'illustration de la fin d'une époque. M. Ouyahya n'est pas n'importe qui. C'est un cacique du régime et non pas un simple exécutant au service de l'appareil de l'État. Quatre fois premiers ministre, il fait partie aujourd'hui du top 5 des algériens les plus détestés.


L'impopularité de l'ancien premier ministre est essentiellement attribuée à sa politique d'austérité jugée étouffante et à son incapacité à expliquer à l'opinion publique algérienne le pourquoi de ces mesures douloureuses. Selon certaines sources, l'annonce de son incarcération a été saluée par des youyous et plusieurs manifestants se sont rassemblés à l'entrée de la prison d'al Harrach pour "célébrer" son arrestation. Les Algériens lui en veulent également d'avoir défendu bec et ongles et jusqu'au dernier souffle la candidature de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat. La déchéance est d'autant plus cruelle que certains analystes algériens attribuaient à Ahmed Ouyahya des chances réelles de succéder un jour à Abdelaziz Bouteflika même s'il est très loin d'avoir la verve et le panache de l'ancien président du temps où celui-ci était en pleine possession de ses facultés.


La grande purge


La victoire du peuple algérien est pour ainsi dire éclatante. Il a obtenu le départ du président, l'incarcération de deux anciens premiers ministres et l'arrestation de nombreux oligarques qui ont considérablement contribué à l'enlisement de la situation économique en Algérie à coups de privilèges et d'avantages divers. Cependant, ceux qui tablaient sur un réchauffement des relations avec le Maroc sur la base de l'état d'esprit qui anime la population algérienne risquent de vite déchanter. Le tout puissant Ahmed Gaïd Salah, chef d'État-Major de l'Armée nationale populaire, un moment ciblé par les manifestants, est rentré dans les bonnes grâces d'une bonne partie de la population, Et avec lui, tout un groupe d'officiers farouchement hostiles au moindre rapprochement avec le Maroc qui les priverait de facto d'un élément clef de mobilisation nationale.


La question qui se pose désormais est la suivante: L'opinion publique algérienne, forte de son ascendant sur le régime, saura-t-elle exiger le rétablissement des relations diplomatiques avec le Maroc? La question est d'autant plus cruciale que les relations avec le Maroc relèvent de la sécurité nationale et non pas de la politique étrangère. Or, l'armée algérienne, dans un contexte de marasme économique et de fuite des cerveaux et des capitaux, n'a aucun intérêt à se priver de ce qu'elle croit être un "facteur de cohésion nationale". Ce qui n'est pas vrai du tout. Les Algériens veulent sans tarder passer à autre chose et plusieurs manifestants ont exprimé dans le sillage des événements qui secouent leur pays, leur vœu de voir l'Algérie rétablir ses relations avec le Maroc.

Image: France 24

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