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Adieu patron...

Si, pour tout journaliste qui se respecte, l'usage de la première personne du singulier n'est pas recommandé, il recouvre toute son importance qu'il s'agit d'un témoignage suite au décès d'une figure de proue du journalisme et des droits de l'homme. En tirant sa révérence mardi 1er juin à l'âge de 78 ans, Khalid Jamaï va laisser un vide sidéral. Il n'était pas seulement un remarquable rédacteur, mais également un analyste hors pair doublé d'un visionnaire exceptionnel. Sa lecture des événements en cours lui permettait d'entrevoir avec clairvoyance de quoi allait avoir l'air le Maroc de demain. Et il le faisait sans la moindre concession ni calculs étriqués, lui le fils de Ssi Bouchta El Jamaï le signataire du Manifeste de l'Indépendance.


En tant que membre du Bureau exécutif du parti de l'Istiqlal, l'ancien rédacteur en chef de L'Opinion aurait parfaitement pu aspirer à un portefeuille ministériel au lendemain de la mise en place de gouvernement dit d'alternance dirigé par feu Abderrahmane Youssoufi. Ça ne l'intéressait pas vraiment car il n'était pas convaincu quant à la marge de manœuvre dont allait disposer ledit gouvernement. Alors, il ne voulait pas cautionner ce qu'il considérait comme une ''opération cosmétique'' destinée à la consommation extérieure. Il me l'expliquait avec force détails au point de m'amener à épouser l'essentiel de ses arguments. D'ailleurs, il exprimait ses profondes divergences avec le Bureau exécutif de l'Istiqlal de manière si bruyante que cela lui valait de solides inimitiés.


Homme de principes...


Quand je lui avais un jour demandé, alors que je le ramenais chez lui - Khalid ne conduisait pas- s'il n'y avait pas quelque part un manque de cohérence entre ses sorties intempestives et ses fonctions au sein de l'exécutif du doyen des partis politiques marocains, il avait sorti cette perle: ''Si tout le monde s'exprimait d'une seule voix au sein de la même formation politique, de quelle démocratie parlerait-on?''. Un autre jour alors qu'il venait de publier mon dossier sur un sujet de société, il m'a vertement réprimandé en me faisant comprendre que je m'étais trompé de cible, mais qu'au nom de l'acceptation de la différence, il allait quand même le publier. Autant dire que le personnage était en phase jusqu'au bout avec ses convictions et rien ne l'indisposait autant que les thuriféraires du régime qui, dans le fond défendaient essentiellement leurs intérêts.


Adieu Khalid. L'eau coulera sous les ponts avant que le Maroc ne produise des journalistes et des hommes de principe de ton acabit. Non condoléances sincères à ta petite famille

Image: Map

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